Eglise Saint-Julien-le-pauvre

L'église : Rue St-Julien-le-Pauvre . 75005 Paris, occupe l' emplacement d'un ancien oratoire du 6ème siècle, bâti sur la route du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.
Elle a été édifiée à l'intersection de deux grandes voies romaines : celle conduisant vers Genabum (Orléans) et le Midi --la rue Saint-Jacques--, et celle conduisant vers Lyon et l' Italie --la rue Galande--.
Sur la place s'élève le plus vieil arbre de Paris, un robinier planté en 1620.


: d'aprés "Le dictionnaire historique des rues de Paris" :

Il est logique de dédier à Saint-Julien-l' Hospitalier (ou Saint-Julien-le-Pauvre) la chapelle d'un hospice pour pèlerins, étrangers et voyageurs pauvres, édifiée à ce carrefour au VI ième siècle . Grégoire, le saint évêque de Tours, descendait là au cours de ses voyages à Paris (en particulier en 587 où il y chanta une messe de minuit). Hospice et chapelle disparurent lors de l'invasion des Normands et des combats du Petit-Pont , en 886.

Henri 1ier donna cette église à l'évêque de Paris, vers 1030. Elle était, au début du XII ième siècle, la propriété de deux seigneurs laïcs, Etienne de Vitry et Hugues de Monteler, qui la cédèrent à l'abbaye bénédictine de Longpont (prés de Montlhéry). Celle-ci y installa un petit prieuré comprenant des bâtiments conventuels dont il reste les caves, superposées, utilisées dans les maisons voisines en plus de sa chapelle, l'église actuelle.

Cette église a été commençée vers 1170 et terminée vers 1240. Elle est, par son ensemble, une des deux plus vieilles de Paris, avec l'église Saint-Germain-des-Prés. Si la cathédrale Notre Dame a été commençée un peu avant Saint-Julien-le-Pauvre, en 1163, elle ne fut achevée que quatre vingt dix ans après elle, en 1330.


: d'aprés "L'église Saint-Julien-le-pauvre à Paris - Maurice Rousseau,Paris,2001"

Toutefois, Grégoire de Tours, dans l' Histoire des Francs (VI,17 et IX,6) fait plusieurs fois mention de la " basilique du bienheureux Julien " à Paris, sans préciser toutefois l'identité de ce saint, sans doute suffisamment notoire à l'époque.

La charte du roi Henri 1ier (1031 - 1060), qui faisait don à la cathédrale des quatre églises dévastées de la rue Saint-Jacques, apporte une précision intéressante. L'église y est, en effet, appelée " de saint Julien martyr " (Sancti Julianus martyris).

On sait, que Grégoire de Tours, qui était Auvergnat par son père, avait la plus grande vénération pour saint Julien, martyr de Brioude, patron de l' Auvergne. Il en avait raconté la vie dans De virtutibus S. Juliani. On peut donc supposer, sans trop risque d'erreur, que le saint auquel pensait Grégoire de Tours était saint Julien de Brioude.

Un document de 1120 confirme cette hypothèse. L'acte de donation de Hugues de Monteler à l'abbaye de Longpont comporte, en effet, la précision suivante : " l'église située à Paris, construite en l'honneur des saints Julien, martyr de Brioude, et Julien le Confesseur, évêque du Mans " (ecclesiam quandam apud Parisius, quae constructa est in honore sanctorum Juliani Martyris Brivatensis, atque Juliani confessoris cenomanensis Episcopi).

St Julien de Brioude était donc bien le patron de l'église, mais il n'était pas seul. St Julien du Mans lui avait été associé à une date inconnue, sans doute en raison de son homonymie. Mais il n'avait pas fini martyr. La préséance revient donc sans conteste à St. Julien de Brioude qui était d'ailleurs cité en premier…….

……..L' abbé Leboeuf , dans son Histoire de la Ville et de tout le Diocèse de Paris (1754),…….,ne connaît , d'autre part, que saint Julien de Brioude comme patron de l'église…….

D'autres, estimant que le surnom de " pauvre " s'appliquait au patron de l'église, ont cru pouvoir identifier le " pauvre " en question à saint Julien du Mans. Cette opinion se trouve démentie par Michel de Marolles qui, dans sa description versifiée de la ville de Paris, énumère les autels de Notre-Dame et les saints auxquels ces autels sont dédiés :

Cette église comprend soixante-huict chapelles
Et ne contient pourtant que vingt-huict autels
………
Saint Julien le Pauvre et Sainte Madeleine,
Laurent, Sébastien, Saint Julien du Mans.

Ces vers de mirliton ont le mérite de nous donner deux informations précieuses : d'une part, que le surnom de " pauvre " s'appliquait à un saint, connu sous le nom de saint Julien le Pauvre, qui avait son autel à Notre-Dame ; d'autre part, que ce saint n'était pas saint Julien du Mans, puisque ce dernier avait son propre autel. Cela ne nous renseigne malheureusement pas sur l'identité de ce saint Julien dit le Pauvre.

De St Julien du Mans, dit le Confesseur, on ne sait presque rien. C'est lui qui aurait reçu le surnom " d' Hospitalier ". Dans la légende dorée (vers 1264), Jacques de Voragine écrit à ce propos que c'est, à ce qu'on dit, ce saint Julien qui est invoqué par les voyageurs afin de trouver un bon gite.
L'abbé Lebeuf, dans l'ouvrage précité, critique l'abbé Chastelain, auteur d'un Martyrologue romain traduit en français (Paris,1705), " qui a cru que cette Eglise (Saint-Julien-le-Pauvre) avait été titrée primitivement de saint Julien l' Hospitalier, à cause qu'il était l'un des S. Julien qu'on honorait dans la France du VIII e siècle ".

Ce Julien l' Hospitalier est un Egyptien du IV e siècle, St Julien d' Antinoé (appelé par erreur Julien d' Antioche dans le martyrologue romain), martyrisé un 6 janvier. Il était célèbre pour avoir fait, avec sainte Basilisse son épouse, vœu de perpétuelle chasteté dès le premier jour de leurs noces……….

C'est lui que l'on voit sur une copie d'un tableau du peintre florentin Agnolo Tori (XVI e siècle), accrochée dans l'église Saint-Julien-le-Pauvre. Une reproduction en format réduit, placée sur un proskynitaire, en a longtemps tenu lieu d'icône. C'est lui qui est représenté, dans sa barque, sur un bas-relief encastré dans la façade du N° 42 de la rue Galande, bas-relief qui a servi de modèle au sceau paroissial.

C'est à ce Julien légendaire que la vox populi a conféré le surnom d' " hospitalier " en raison de son hospitalité envers les voyageurs, et celui de " pauvre " à cause du dénuement dans lequel il finit ses jours. Et c'est ainsi que, paré de ces deux titres usurpés, ce saint mythique, non reconnu en tout cas par l' autorité ecclésiastique, est devenu de facto le patron de Saint-Julien-le-Pauvre, éclipsant le saint martyr Julien de Brioude, auquel l'église fut initialement dédiée, et saint Julien du Mans.